On entend Rory arriver bien avant de le voir. Son Trail Mater résonne, cogne et grince à travers les corniches de grès et les descentes abruptes, franchissant les mêmes obstacles que les amateurs de hors route du monde entier viennent affronter.
C’est un travail exigeant, mais son “bureau” offre une vue que peu peuvent égaler.
Chaque sauvetage se termine face à une vallée ouverte, une lumière dorée, et un coucher de soleil qui vous force à respirer un peu plus lentement.
« Quand tu grandis ici, tu finis par oublier la beauté du coin. Tu te dis : c’est juste un autre endroit où vivre. Rien de spécial. Mais quand je vois les touristes, leur réaction devant les roches rouges et le paysage, ça me ramène sur terre. Je réalise chaque jour à quel point je vis et je travaille dans un endroit incroyable. »

Plus d’erreurs que d’essais
Rory a trouvé sa vocation de la même manière que plusieurs trouvent des ennuis : par accident. Après des années à se sortir lui-même du pétrin sur les sentiers, il est devenu le dépanneur attitré de ses amis. Puis des amis de ses amis. Puis… tout le monde.
« J’ai commencé là-dedans par hasard. J’ai toujours été celui qu’on appelait quand un truc restait pris. “Hey, on a planté le camion sur le sentier, tu peux venir nous aider ?” Je me souviens d’un appel à minuit, ma blonde de l’époque m’a regardé et m’a dit : “Sérieusement ?” J’ai ri et répondu : “Bienvenue dans ma vie.” »
De retour à Moab, il s’est mis à travailler dans un atelier de véhicules hors route qui faisait aussi des récupérations.
On avait besoin d’un meilleur camion, et il avait cette vieille camionnette, un peu rock crawler sur les bords. Il l’a modifiée ici et là, l’a utilisée à répétition, et Trail Mater est né, fruit d’essais, d’erreurs… et d’encore plus d’erreurs. « En hors route, si tu ne fais pas d’erreurs, tu n’apprends pas. »
Cette philosophie, il l’a littéralement soudée dans le cadre de sa dépanneuse unique au monde.



Naissance du “Mater”
À l’origine, c’était un Chevy 1982 flambant neuf. Ensuite, un mud truck. Puis un rock crawler. Et aujourd’hui, c’est un monstre sur roues, un camion de remorquage hors route comme il n’en existe aucun autre.
Le Trail Mater a passé plus de temps sur les sentiers que la plupart des véhicules n’en verront jamais. Presque chaque pièce a été modifiée, remplacée ou ressoudée, parfois deux fois. Il est cabossé, rouillé, rafistolé, mais chaque marque raconte une histoire.
« À l’époque, j’ai aidé un chum à en faire un crawler. On a dû le couper pas mal, mais il insistait. Après trois ans, il a voulu le vendre. J’ai ri : “la moitié des pièces dessus sont à moi… je te l’achète.” »
Conçu à la base pour grimper, il est plus léger et plus agile qu’une dépanneuse classique, exactement ce qu’il faut pour atteindre des conducteurs coincés dans des endroits où aucun véhicule de remorquage ne devrait logiquement aller.
Après des années d’évolution, le Trail Mater roule maintenant avec un V8 à injection, un essieu arrière de Dodge dually, six treuils, et une réserve de pièces et d’outils pour les réparations sur le terrain. Et les pneus ? Une amélioration clé.
« Il y a environ trois ans, j’ai parlé sur les réseaux de pneus que je regardais, et quelqu’un m’a recommandé les BFGoodrich KM3. Je les ai essayés, et je les ai adorés. Je les utilise maintenant sur trois camions, parce que la traction est imbattable. Même mes mécanos les montent, parce qu’ils ont vu ce que les KM3 font sur le Trail Mater. Je suis rendu à mon troisième ensemble, et jamais un problème de flanc. »





L’art de se sortir du pétrin
Ces dernières années, Moab est devenu plus fréquenté que jamais. Touristes, passionnés du week-end et locaux testent chaque jour leurs limites sur le terrain rocailleux du sud de l’Utah. Des côte-à-côte aux 4x4 surélevés, tout le monde veut tenter sa chance.
Naturellement, Trail Mater n’est pas la seule dépanneuse hors route de la région.
Mais quand la situation devient extrême, ou carrément impossible, c’est souvent Rory que les autres opérateurs appellent.
Son expérience, sa lecture du terrain et son sang-froid le distinguent.
Mais au-delà du talent, c’est son état d’esprit qui fait la différence.
« Il y a d’autres camions en ville, mais les gens m’appellent quand même. Parfois, d’autres dépanneurs me disent : “Je ne peux pas m’y rendre. Appelle Trail Mater.” Ou : “Je ne veux pas rayer mon camion.” Ou encore : “Ce job-là est trop gros.”
Moi, je suis plutôt du genre “on va trouver une solution.” Chaque situation, c’est une équation. Si tu prends le temps de la comprendre et d’y aller doucement, tu peux t’en sortir. Mais il faut être prêt à plonger dans l’inconnu, à peut-être casser ton propre véhicule, et à apprendre quelque chose. »
Patient, déterminé, sans peur, c’est ainsi que Rory aborde chaque mission. Chaque sauvetage est un casse-tête à résoudre et une nouvelle leçon à apprendre.
Sortir les gens du pétrin demande du courage, de la créativité et une bonne dose d’instinct. C’est autant un travail qu’un art, et Rory Irish l’a perfectionné, une récupération à la fois.
Pour voir le Trail Mater en action, allez voir Rory sur YouTube.
Photos : Chris Collard