Le message venait d’un ami d’un ami qui réglait la succession d’un passionné d’automobiles. Le véhicule en question ? Une petite AMC Spirit, carrosserie compacte, bandes rétro, ailerons avant et arrière, et un V8 sous le capot.
Rien pour attirer l’attention… sauf une rumeur : elle aurait déjà couru en Europe.
L’équipe britannique de Duncan Hamilton serait-elle intéressée ?
Jack n’a pas hésité. Professionnellement, il était intrigué. Personnellement, il était conquis.
« Il n’a pas fallu longtemps pour comprendre à quel point cette voiture était unique. Je n’ai jamais vu de AMX Spirit sur la route, encore moins en compétition en Europe. Et c’est une pièce incroyable de l’histoire automobile américaine, compacte, mais avec un moteur énorme ! J’adore la façon dont AMC suivait sa propre voie. En une journée, j’étais décidé. J’ai fait une offre. Et l’affaire était conclue. »
Esprit américain
Ce que Jack venait d’acheter, c’était l’une des deux AMC Spirit que BFGoodrich Tires et American Motors Corporation avaient envoyées en Allemagne pour participer à la course des 24 Heures du Nürburgring en 1979.
Un chapitre méconnu du sport automobile américain, mélange d’audace, d’ingéniosité et de pur courage.
En trois semaines seulement, les voitures ont été achetées, préparées et expédiées à travers l’Atlantique. Elles sont arrivées en Europe avec un jeu de pneus BFGoodrich Radial T/A, une équipe de tournage et l’acteur James Brolin comme copilote.
Surnommé “The Green Hell”, le Nürburgring s’étend sur plus de 22 kilomètres de virages aveugles, de dénivelés abrupts et de sections de forêt humide. Aucun des pilotes américains n’y avait jamais mis les roues.
Faute d’accès officiel pour s’entraîner, l’équipe a appris le circuit… dans une voiture de location. Par hasard, leur aubergiste les a présentés à un ancien champion local, Heinz Hennerici, un vétéran de guerre manchot, mais un professeur exceptionnel.
« Malgré la barrière de la langue, il nous a montré les trajectoires parfaites, les points de freinage et même où dévier pour gagner du temps. Pendant la course, j’avais l’impression de connaître le circuit mieux que bien des pilotes européens. »
— Gary Witzenberg, pilote et journaliste pour Motortrend
Une course historique
À mesure que les tours s’enchaînaient, Amos Johnson, Dennis Shaw, Jim Downing, Lyn St. James et James Brolin prenaient confiance. Sur 120 concurrents, les deux voitures se sont qualifiées 20ᵉ et 21ᵉ, les seules à rouler sur des pneus de série BFGoodrich à lettrage blanc.
Pluie, brouillard, pannes mécaniques, fuites d’huile, chocs, maux de tête : rien n’a épargné l’équipe. Mais les voitures ont tenu. Les mécanos ont improvisé. Les pneus ont résisté.
Au lever du soleil, les deux Spirit ont franchi la ligne d’arrivée, fatiguées, sales, mais victorieuses : 25ᵉ et 43ᵉ au classement général, 1ʳᵉ et 2ᵉ dans leur catégorie.
« Lyn est allée courir à Indy, James a épousé Barbra Streisand, et moi, j’écris encore des histoires de voitures. Mais ce trophée-là, je le garde bien en vue. Grâce à une équipe incroyable, une Rambler coriace, et… une bonne bière allemande. »
— Gary Witzenberg, Motortrend
Retour vers le futur
Jack connaissait déjà l’histoire du Spirit of ’79 : en 1979, une petite équipe américaine, équipée de pneus BFGoodrich, avait défié le circuit le plus redouté d’Europe, et gagné. Mais après avoir acheté la voiture, il a découvert quelque chose qui a redonné vie à toute cette histoire : le documentaire original de l’événement, narré par l’acteur et copilote James Brolin.
C’était la pièce manquante, la preuve vivante de la légende de cette petite Américaine sous-estimée devenue icône de course.
Pour Jack Tetley, cette voiture cochait toutes les cases. Fils d’un pilote de course, il a grandi entouré de moteurs, de circuits et d’histoires de vitesse. Des décennies plus tard, cet amour pour l’automobile américaine, surtout les muscle cars et les berlines sportives des années 70 et 80, est devenu sa carrière.
À la fois historien, détective et passionné, Jack passe ses journées à traquer l’extraordinaire : voitures rares, modèles oubliés, pièces introuvables. Il décortique les numéros de série, crée des alertes pour des composants disparus, et suit la moindre trace numérique à travers le Web.
Parfois, cette patience obsessionnelle porte fruit. Elle le mène à exhumer un trésor oublié de l’histoire du sport automobile.
La plupart du temps, Jack fait ce travail pour des clients, des collectionneurs ou des passionnés qui veulent posséder un fragment du passé. Mais cette fois-ci, c’était différent. L’histoire, le charme et l’esprit de cette voiture étaient trop spéciaux pour s’en séparer.
« Je vais garder cette voiture, au moins pour un bon moment. Je suis complètement tombé amoureux de son histoire ! Et je veux la faire rouler à nouveau. J’adore les couleurs de sa livrée, si rares pour l’époque. Elle ne ressemble à aucune autre. »
Boucler la boucle



« Elle avait besoin d’une restauration, et j’étais heureux de m’en charger. C’est tellement rare de trouver une voiture aussi exceptionnelle qui n’a jamais été restaurée. Quand tu le fais toi-même, tu apprends à quel point elle est restée d’origine. Celle-ci était tellement authentique : elle avait encore l’autocollant du Nürburgring sur le pare-chocs arrière, daté de 1979. »
Oubliée, retrouvée, puis restaurée, la Spirit of ’79 vit de nouveau, prête à courir plus de quarante ans après sa première victoire.
Pour en savoir plus sur le travail de Jack Tetley et Duncan Hamilton ROFGO, visitez dhrofgo.com. Pour lire le reportage complet de Gary Witzenberg sur la victoire historique de 1979, rendez-vous sur motortrend.com.
Photos : Amos Johnson et Dennis Shaw, Team Highball