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Dajiban : du fourgon de travail à l’icône de course

À travers le Canada, la fourgonnette pleine grandeur fait partie du quotidien. Elle livre nos marchandises, transporte notre équipement et fait rouler les petites entreprises, des rues du centre-ville jusqu’aux chemins forestiers. Ces véhicules sont la colonne vertébrale silencieuse de nos routes : partout, mais souvent invisibles. Vous en avez probablement croisé une douzaine aujourd’hui sans même y penser.

Mais, comme on dit, elles sont vraiment populaires au Japon.

Nous avons rencontré Dino Dalle Carbonare, journaliste automobile basé à Tokyo, pour comprendre comment la modeste fourgonnette Dodge est devenue une icône culte, et même la vedette d’un circuit de course entièrement dédié, à l’autre bout du monde.

Crédit photo : Dino Dalle Carbonare, Speedhunters

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Un phénomène typiquement japonais

Photographe, passionné d’automobiles et cofondateur de Speedhunters, Dino Dalle Carbonare vit et respire la culture automobile.

Né en Italie, il a grandi en voyant la voiture comme une œuvre d’art. Ses premiers souvenirs sont ceux des courses de côte, au bord des pistes, avec sa famille. À huit ans, il déménage au Royaume-Uni.

Là-bas, il passe des heures dans les librairies à feuilleter des magazines automobiles, étudiant chaque photo, chaque fiche technique.

C’est là qu’il trouve sa voie : il deviendra journaliste automobile. À 17 ans, il s’installe au Japon, un pays où la voiture n’est pas qu’un loisir, c’est un mode de vie.

« Ce phénomène du Dodge Van, c’est quelque chose qui ne pouvait arriver qu’au Japon, explique Dino. Ici, tout le monde veut créer ou pousser ses idées, peu importe si les autres trouvent ça bizarre. Se démarquer, c’est important, pas pour impressionner le monde entier, mais pour sa communauté. Et c’est justement comme ça qu’on finit par attirer l’attention du monde entier. »

Pourquoi les fourgonnettes Dodge ?

Dajiban, prononciation japonaise de Dodge Van, commence souvent avec un vieux Dodge Ram des années 1980, 1990 ou début 2000.

Courants en Amérique du Nord mais peu recherchés, ces véhicules sont abordables et faciles à importer au Japon.

Au milieu des années 2000, ils attirent l’attention des pilotes de moto, qui ont besoin d’un moyen fiable pour transporter leurs bolides. Leur posture large, leur espace intérieur et leur allure résolument américaine les rendent parfaits pour le travail, et impossibles à ignorer sur les routes japonaises, même sans modification.

« Ils ont ce look américain des années 90, trop large pour le Japon. Ils sortaient du lot dès le départ. Leur silhouette carrée, presque caricaturale, les rend amusants à regarder, comme les petites camionnettes Matchbox de notre enfance. »
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Plus qu’un simple véhicule utilitaire

Pendant des années, les pilotes de moto japonais ont utilisé ces fourgonnettes pour transporter leurs motos et leur équipement.

Pratiques, certes, mais avec un charme bien à eux, ce mélange démesuré d’allure américaine et d’efficacité japonaise.

« Les Japonais adorent la culture américaine, pas seulement les voitures, tout. S’il y a quelque chose d’étranger, c’est “américain”. Tu vois des muscle cars, des rat rods, des hot rods partout. Si tu fréquentes les bons cercles, tu croises des Corvettes, des Chargers… Un peu d’Amérique, ça ne manque jamais ici. »

Le passage du Dodge Van du statut d’utilitaire à celui d’icône de course a commencé… comme une blague.

Pendant une pause à une course de moto, un concurrent a décidé de faire un tour de piste avec sa fourgonnette.

Un Dodge Ram sur un circuit, c’est comme mettre un hippopotame en tutu, mais ça a fonctionné.

« Tout le monde riait de le voir prendre les virages à deux à l’heure… mais il a réussi ! Puis un autre a dit qu’il pouvait faire mieux. Et un autre. Et un autre. C’est parti de là : des gars qui voulaient aller plus vite, mais aussi s’amuser. Parce que Dajiban, à la base, c’est juste ça : du plaisir entre amis. »

Un circuit est né

À partir de ce jour, les fourgonnettes Dodge au Japon ne se sont plus limitées à livrer des marchandises. Leurs propriétaires ont commencé à les modifier et à revenir chaque année, plus rapides, plus bruyantes, plus folles.

Aujourd’hui, Dajiban est devenu une vraie communauté de sport automobile, avec plusieurs événements par an, dont le D-Van Grand Prix, tenu en juin sur le circuit Ebisu, dans les montagnes de Fukushima.

C’est autant un rassemblement qu’une course. Les participants préparent leurs véhicules la veille et célèbrent ensemble après. La pluie de juin rend la piste glissante, et les tours encore plus spectaculaires.

« J’ai eu la chance de monter dans une de ces fourgonnettes, raconte Dino. Ces gars sont déchaînés. J’en revenais pas de ce qu’ils faisaient avec une boîte sur roues. Le pilote souriait tout le long, sans jamais toucher aux freins. »

Le prix ? Un trophée, quelques autocollants très convoités… et le droit de se vanter jusqu’à l’an prochain.

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Qu’est-ce qui transforme un Dodge Van en Dajiban ?

Le faible coût d’importation laisse du budget pour la personnalisation.

Le mouvement Dajiban est avant tout du DIY : il s’agit plus d’expression personnelle que de prestige.

Mais certaines modifications sont devenues emblématiques :

  • Suspension abaissée (aussi bas que possible, sans danger)

  • Jantes à 8 rayons (souvent des Watanabe) de 15 ou 16 pouces

  • Ajustement millimétrique des roues

  • Pneus BFGoodrich Radial T/A, pour leur style classique et leur performance

  • Freins améliorés (les Brembo de Ferrari sont populaires)

  • Phares teintés jaunes

  • Échappement latéral

  • Sièges de course

  • Moteur remplacé pour plus de puissance (optionnel)

  • Aileron avant et diffuseur arrière

  • Décalques, autocollants et breloques personnalisés

« Les Japonais savent parfaitement régler la posture d’un véhicule, explique Dino. Je viens d’Italie, et je vois ici des voitures italiennes modifiées avec encore plus de goût qu’à la maison. Et c’est peut-être aussi grâce aux routes, elles sont belles ici. Alors tu peux rouler bas, raide, sans craindre les nids-de-poule. »

Petite scène, grand impact

Dino estime qu’il y a environ une centaine de Dajibans actifs au Japon, et peut-être cinquante autres sur la route.

Une petite scène, oui, mais avec un énorme retentissement culturel.

Le circuit D-Van est devenu célèbre à l’international, inspirant des passionnés américains à créer leurs propres Dajibans, allant jusqu’à importer des pièces ou des fourgonnettes depuis le Japon.

Un moment plein de symbolisme : des Américains inspirés par des Japonais, eux-mêmes inspirés par des véhicules américains.

Maintenant, certains constructeurs japonais rigolent : « Tu savais que je suis une star en Californie ? »

De l’utilitaire à l’absurde, puis à l’art, Dajiban incarne tout ce que la culture automobile a de meilleur : la passion, le plaisir, et la liberté de créer quelque chose d’unique.

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