Avant la dernière ère glaciaire, Johnson Valley était une plaine tropicale, un réseau de lacs et de rivières grouillant de vie.
Puis, l’ascension de la Sierra Nevada a tout changé.
Cette chaîne montagneuse a érigé un mur géant qui a plongé la région dans l’ombre. Dans son sillage est né le désert de Mojave, l’un des environnements les plus rudes et les plus secs d’Amérique du Nord.
Au milieu du 20ᵉ siècle, la vallée s’est transformée une fois de plus, cette fois en site d’entraînement militaire.
Les terres autour de Means Dry Lake portaient alors le nom de Precision Bombing Range Y.
Les anneaux de béton encore visibles aujourd’hui ? C’étaient des cibles d’exercice.
Puis, en 2007, le désert a changé encore une fois.
Son histoire demeurait. Sa vocation, non.
Il avait maintenant un nouveau nom.



Hammertown
Une fois par année, cette vallée isolée renaît, une véritable ville bâtie à partir de rien.
Pendant une semaine, Johnson Valley devient une métropole de 59 000 pieds carrés de tentes, VR, remorques et bolides de course.
On l’appelle Hammertown, le cœur battant de King of the Hammers, l’une des courses hors route les plus extrêmes et les plus attendues au monde.
Pendant sept jours, c’est une ville du désert pleinement fonctionnelle, avec électricité, toilettes, Wi-Fi et un quadrillage de rues planifié.
Des milliers de pilotes, d’ingénieurs, de fans et d’équipes s’y rassemblent, les meilleurs talents du tout-terrain, réunis en un seul endroit.
Cette année, plus de 60 000 spectateurs sont attendus pour voir les “Kings” affronter l’impossible : grimper des parois rocheuses et foncer à travers le désert à des vitesses vertigineuses.
Des millions d’autres regarderont la course en direct, partout dans le monde.
Il y a un peu plus de quinze ans, ce n’était qu’un ancien champ de bombardement.
Alors, comment ce désert est-il devenu la couronne du hors route ?



Deux hommes et une serviette de bar
Comme toute grande légende, tout a commencé avec une idée griffonnée sur une serviette.
Dans un bar de San Bernardino, deux amis, Dave Cole et Jeff Knoll, échangeaient des histoires, des bières et des rêves.
Entre deux rires, ils ont esquissé le plan d’une course : un parcours impitoyable mêlant montées rocheuses, canyons, dunes et plaines poussiéreuses.
Cole était un passionné de rock crawling, bien connecté avec le Bureau of Land Management, responsable de Johnson Valley après le départ de l’armée.
Knoll, lui, était un coureur du désert habitué à organiser des compétitions.
Ensemble, ils ont uni leurs deux mondes et redéfini à jamais la course hors route.
La première édition était modeste : une douzaine de participants, des amis, des amis d’amis, et quelques inconnus. Aucun commanditaire. Aucun portail de départ. Aucun droit d’inscription. Le départ ? Un coup de fusil. L’arrivée ? Là où la poussière retombait.
Le grand prix : une caisse de bière et la promesse que “ceux qui ont couru la première n’auront pas besoin de se qualifier quand on deviendra gros.”



Et ils sont bel et bien devenus gros
L’idée qu’une course aussi extrême puisse grandir semblait absurde.
Le terrain était isolé, brutal, et conçu pour des véhicules… qui n’existaient même pas encore.
Mais Dave et Jeff ne cherchaient pas la taille, ils cherchaient le défi.
Leur amitié, faite de rivalité et de respect, a façonné l’événement.
L’un venait du rock crawling, l’autre du desert racing, et chacun voulait prouver que son univers était le plus coriace.
Le premier déclic est venu lorsqu’un message est apparu sur un forum hors route : “Combien de temps faudrait-il pour parcourir huit pistes consécutives dans les Hammers ?” Dave a répondu en pariant 100 $ que personne ne pourrait le faire en moins de cinq heures.
Les réponses ont explosé. La course suivante comptait 50 concurrents, un mélange de pilotes de désert et de grimpeurs de roches.
Quand Shannon Campbell est parti dernier et a remporté la victoire, King of the Hammers avait officiellement trouvé sa légende.



La naissance d’un roi
Chaque édition apportait son lot de défis plus durs, de terrains plus sauvages et de machines plus rapides.
Le relief extrême de Johnson Valley, combinant désert ouvert et roches acérées, exigeait un nouveau type de véhicule : le Ultra4.
Un croisement entre un trophy truck et un rock crawler, ces bolides réunissaient vitesse, puissance et agilité comme jamais auparavant :
-Plus de 800 chevaux
-Traction intégrale
-Suspension à grand débattement
-Pneus massifs montés sur des essieux flexibles
Ils n’étaient pas conçus pour le confort, mais pour le chaos, faits pour dominer à la fois les lignes droites du désert et les montées les plus brutales.
La création du Ultra4 n’a pas seulement rendu King of the Hammers possible.
Elle a redéfini tout le sport hors route.
Ce qui avait commencé comme un pari poussiéreux entre amis est devenu un nouveau genre de course, brouillant les frontières entre pilote, constructeur et aventurier.
Johnson Valley, jadis un terrain d’entraînement oublié, avait trouvé sa couronne.
Et chaque février, Hammertown renaît pour la défendre.

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